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Les stratégies de survie au travail : une lecture à travers la Théorie Polyvagale

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    Admin
  • 19 janv.
  • 3 min de lecture



Dans le monde du travail, beaucoup de comportements valorisés — aller vite, être disponible, s’adapter, dire oui — sont en réalité des stratégies de survie du système nerveux. La Théorie Polyvagale de Stephen Porges nous offre une grille de lecture puissante pour comprendre ce qui se joue dans le corps, au‑delà de la motivation ou de la personnalité.

Cet article propose de décoder ces états, leurs signaux corporels, leurs risques à long terme, et surtout des pistes concrètes pour revenir vers plus de régulation et d’ancrage.

Petit rappel : la Théorie Polyvagale en bref

Selon la Théorie Polyvagale (Stephen Porges), notre système nerveux autonome s’organise autour de trois grands états :

  • Ventral vagal (sécurité) : connexion, clarté, engagement social

  • Sympathique (mobilisation / survie) : action, urgence, lutte ou fuite

  • Dorsal vagal (immobilisation) : effondrement, retrait, figement

Au travail, nous oscillons souvent entre ces états — parfois sans jamais repasser durablement par la sécurité.

Être en sympathique au travail : quand l’urgence devient la norme

À quoi ça ressemble concrètement ?

Être en état sympathique au travail, ce n’est pas seulement être dynamique. C’est vivre dans un mode d’activation chronique :

  • Toujours pressé·e, toujours en avance ou en retard

  • Difficulté à ralentir, à faire une pause sans culpabilité

  • Hyper‑contrôle, besoin de tout anticiper

  • Irritabilité, impatience, intolérance aux lenteurs (les autres, les processus)

  • Impression que « si je m’arrête, tout s’écroule »

Les signaux dans le corps

Le corps parle très clairement :

  • Tensions dans la nuque, les épaules, la mâchoire

  • Respiration haute et rapide

  • Palpitations, sueurs, agitation intérieure

  • Troubles digestifs

  • Difficulté à dormir ou réveils précoces

Les dangers à long terme

À force de rester en sympathique :

  • Épuisement du système nerveux

  • Burn‑out

  • Inflammation chronique

  • Perte de créativité et de capacité relationnelle

  • Déconnexion du ressenti corporel

Ce n’est plus une mobilisation ponctuelle, c’est une survie déguisée en performance.

Le fawning au travail : s’adapter pour ne pas perdre le lien

Qu’est‑ce que le fawning ?

Le fawning (ou réponse de complaisance) est une stratégie de survie moins visible. Elle consiste à s’effacer, se sur‑adapter et plaire pour maintenir la sécurité relationnelle.

Au travail, cela peut se traduire par :

  • Dire oui alors que le corps dit non

  • Minimiser ses besoins, ses limites, sa fatigue

  • Être « la personne facile », toujours arrangeante

  • Avoir peur du conflit ou du désaccord

  • Sur‑investissement émotionnel

Les signaux corporels du fawning

  • Sensation de vide ou de flou intérieur

  • Fatigue inexpliquée après les interactions

  • Gorge serrée, voix qui s’éteint

  • Difficulté à sentir ses limites corporelles

  • Douleurs diffuses, migraines, troubles hormonaux

Le corps se met en veille de lui‑même pour préserver le lien.

Quand le corps dit stop : bascule vers le dorsal

Lorsque ni l’action (sympathique) ni l’adaptation (fawning) ne suffisent, le système peut basculer vers le dorsal vagal :

  • Procrastination

  • Désengagement

  • Cynisme

  • Impression d’être vidé·e, absent·e

  • Difficulté à se lever, à se motiver

Ce n’est pas de la paresse. C’est un mécanisme de protection ultime.

Revenir à l’ancrage et à la régulation au travail

La régulation ne consiste pas à « se calmer », mais à redonner au système nerveux des signaux de sécurité.

1. Revenir dans le corps

  • Sentir les pieds au sol

  • Allonger l’expiration

  • Bouger lentement (micro‑mouvements, étirements doux)

  • Porter attention au poids du corps sur la chaise

  • S'étirer, bailler volontairement.

2. Redonner de la place au ventral vagal

  • Micro‑connexions authentiques (un regard, une voix posée)

  • S’autoriser l’humour, la créativité

  • Respirer par le nez, plus lentement

  • Ralentir intentionnellement certains gestes

  • Se co-réguler avec un collègue, se reconnecter par le lien

3. Restaurer les limites

  • Apprendre à reconnaître le oui corporel et le non corporel

  • Dire « je reviens vers toi » au lieu de répondre sous pression

  • Nommer ses besoins de récupération

4. Approches somatiques (TRE®, sophrologie, pratiques corporelles)

Les approches somatiques permettent de :

  • Décharger l’excès d’activation

  • Restaurer la capacité d’autorégulation

  • Revenir à une sécurité incarnée

Ce n’est pas mental, c’est physiologique.


Beaucoup de comportements professionnels dits « normaux » sont en réalité des stratégies de survie intelligentes, mais coûteuses à long terme.

Les comprendre à travers la Théorie Polyvagale permet de sortir du jugement, d'écouter le corps, de créer des environnements de travail plus humains et surtout de retrouver une présence vivante et régulée au quotidien.

Le vrai enjeu n’est pas de faire plus, mais de se sentir en sécurité en étant soi‑même.

 
 
 

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